Le 27 octobre, la majorité sénatoriale de droite a fait échouer le projet de loi de ratification de la Charte européenne des langues régionales, pourtant en attente depuis 16 ans. Avant ce rejet, j’ai eu l’occasion de m’exprimer en discussion générale afin de défendre un texte de tolérance et d’humanisme reconnaissant la diversité de notre République.

La Charte européenne des langues régionales, qui fait obligation aux États signataires de reconnaître les langues régionales et minoritaires en tant qu'expression de la richesse culturelle, a été signée par la France en 1999. Sa ratification avait été promise par François Hollande durant la campagne présidentielle.

Alors que la Haute assemblée avait ici l’occasion de remplir pleinement son rôle de représentation des territoires de la République dans toute leur diversité, une motion de procédure a été déposée puis adoptée par la droite, mettant fin à l’examen du texte.

J’ai cependant pu m’exprimer préalablement, au nom des 20 millions de créolophones que l’on compte à travers le monde et des peuples autochtones dont la langue était celle de leur territoire avant l’arrivée des Européens.

Le 28 octobre nous célébrons la Journée internationale de la langue et de la culture créoles, j’étais donc heureux de pouvoir m’exprimer en tant que Sénateur de la République et élu de la Martinique, dépositaire et défenseur de deux langues natales : le français et le créole.

Alors que les citoyens considèrent parfois les institutions politiques – tant l’Etat, mais plus encore l’Europe – comme éloignés des problématiques quotidiennes, nous avions, avec ce texte, la possibilité d’inscrire l’Europe et la République dans leur réalité territoriale.

Défendre et valoriser les langues régionales et minoritaire est une façon de reconnaitre que l’universel et le particulier ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Que l’égalité n’est pas l’uniformité. C’est une forme d’affirmation que le combat pour la reconnaissance des spécificités n’est en aucune façon exclusif de l’ouverture à l’autre. Se battre pour défendre son identité, ce n’est pas rejeter l’autre, c’est au contraire le reconnaître dans la richesse de cette altérité.

Alors que 25 pays ont déjà ratifié cette Charte et que la France a également approuvé la Charte des droits fondamentaux, qui comporte un engagement à respecter la diversité linguistique, il me semble que le Sénat a fait un contresens avec ce rejet. Le combat politicien contre cette ratification est un combat d’arrière-garde, fait de repli et de frilosité. A titre personnel, j’ai évidemment voté contre la motion tendant à opposer la question préalable.

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