Colloque de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer

Table ronde 3: quels chemins vers la réussite?

M. Serge Larcher, Sénateur de la Martinique Président de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer

Madame la Déléguée interministérielle et Chère Sophie Élizéon,

Monsieur le Défenseur des droits, Cher Dominique Baudis,

Madame la présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage,

Mesdames et messieurs qui avez accepté d'apporter votre contribution à la manifestation de ce jour,

Chers collègues sénateurs et députés,

Mesdames et messieurs qui, par votre présence ici, manifestez l'intérêt que vous portez à la question d'une meilleure connaissance des ultramarins de l'Hexagone et à la promotion d'une égalité réelle des chances,

Permettez-moi, à titre personnel et en ma qualité de président de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer, et après Jean-Pierre Bel qui vous a accueilli ce matin, de vous souhaiter la bienvenue au Sénat et de me féliciter de la fructueuse collaboration que nous entretenons avec la déléguée interministérielle, Sophie Élizéon.

Nous « récidivons » en quelque sorte puisque, dès son entrée en fonction, Sophie Élizéon avait accepté notre invitation à intervenir dans un colloque organisé avec l'Agence française de développement (AFD) sur le thème du développement humain et de la cohésion sociale dans les outre-mer. Quelques exemplaires des actes de ce colloque très dense, auquel mon ami et compatriote Claude-Valentin Marie avait déjà prêté sa brillante expertise, seront mis à votre disposition à l'issue de notre rencontre de ce matin.

À cet instant, il me revient d'introduire la troisième table-ronde de la matinée intitulée « Quels chemins vers la réussite ? », qui traite de la double question des discriminations et de l'égalité des chances.

Je veux néanmoins auparavant, en quelques mots, me réjouir de la présentation qui vient d'être faite et de la démarche d'évaluation amorcée par la délégation interministérielle :

Je partage entièrement le point de vue de Sophie Élizéon en vertu duquel il ne saurait y avoir d'action pertinente sans connaissance fiable de l'existant. Les données chiffrées sur les outremer sont encore trop souvent défaillantes, lacunaires ou anciennes, ou encore très peu exploitées et analysées quand elles existent. Notre délégation n'a de cesse de dénoncer cet état de fait et se réjouit de toute initiative tendant à lutter contre ces carences qui compromettent la définition de politiques publiques adaptées.

Dès 2009, la mission sénatoriale sur la situation des DOM que j'ai eu l'honneur de présider dénonçait « l'absence de démarche d'évaluation préalable à la décision » et posait la question : « Comment asseoir la crédibilité de politiques publiques menées à l'aveuglette ? ». L'évaluation préalable permet d'établir un diagnostic : c'est la première étape incontournable du chemin qui mène à une égalité des chances effective !

À cet égard, enquêtes statistiques, d'une part, et constats établis par les institutions telles le Défenseur des droits, à partir des informations qui leur parviennent dans l'exercice de leur mission, d'autre part, convergent vers une meilleure connaissance ; et les témoignages des associations, qui agissent au plus près du terrain, sont également très instructifs. Une rencontre comme celle d'aujourd'hui fournit l'occasion de fédérer ces informations et de dresser un état des lieux.

Afin de favoriser le débat, je vous propose de séquencer notre table ronde en deux temps autour des interventions successives du Défenseur des droits, Dominique Baudis, sur la question des discriminations et des moyens de promouvoir l'égalité réelle, et du professeur Ferdinand Mélin-Soucramanien, sur la question plus ciblée de la discrimination positive. Chaque séquence sera suivie d'un échange avec la salle et, sur la première séquence, à la suite de Dominique Baudis, je suggère que Mme Estelle Barthélémy et Daniel Hierso nous fassent part de leur expérience de terrain dans le cadre associatif avant que ne s'engage le débat.

Avant de céder la parole au Défenseur des droits, je souhaite rendre hommage à l'action qu'il a entreprise pour venir en aide à nos concitoyens des outre-mer confrontés à des discriminations, mais aussi à saluer sa contribution à la prise de conscience des difficultés auxquelles sont confrontés les ultramarins, dans les outre-mer ou dans l'Hexagone. Entendu par notre délégation sénatoriale le 3 avril dernier, il nous avait dit sa grande inquiétude concernant la situation des enfants à Mayotte ; il nous avait également fait part de pratiques discriminatoires en matière de logement et d'accès au crédit à l'encontre d'originaires des outre-mer, ces constats ayant été dénoncés par lui à plusieurs reprises dans des recommandations formalisées. Il nous avait enfin signalé que les populations ultramarines recouraient moins que celles de l'Hexagone au Défenseur des droits. Ce dernier constat ne m'avait d'ailleurs guère surpris car les ultramarins, notamment ceux de l'Hexagone, se tournent plus volontiers vers les élus de leurs territoires respectifs.

Cette réalité est à prendre en considération pour développer une action pédagogique envers ces concitoyens qui ne doivent plus redouter d'emprunter les chemins disponibles pour tous ; elle doit aussi nous conduire à développer une étroite collaboration entre nos institutions pour réduire les obstacles qui hérissent trop souvent les parcours ultramarins.

Je n'en dirai pas davantage à ce stade et cède la parole à Dominique Baudis.


Discours de clôture de Serge Larcher, Sénateur de la Martinique, Président de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer

Chère Sophie Élizéon,

Chers amis qui êtes venus si nombreux aujourd'hui et avez si activement contribué à nos débats,

Nous voilà arrivés au terme de notre rencontre... mais rassurez-vous, il ne s'agit que d'une première entrevue et nous serons amenés à nous retrouver ! La délégation a en effet prévu deux autres manifestations au Sénat d'ici la fin de l'année, la première pour la célébration du centenaire de la naissance d'Aimé Césaire, la seconde pour faire oeuvre de mémoire et évoquer des passages oubliés de l'histoire coloniale française.

Un des objectifs que s'est assigné notre délégation sénatoriale est de mieux faire connaître nos outre-mer et nos concitoyens ultramarins, mais aussi de mettre en valeur leurs atouts et de faire mieux prendre en compte leurs spécificités. C'est une entreprise de longue haleine et nous prenons régulièrement des initiatives en ce sens : aussi sommes-nous heureux de rencontrer des partenaires dynamiques et engagés qui partagent notre détermination, s'investissent dans l'action de terrain et sont capables de créer du lien.

Je saluerai bien sûr aujourd'hui tout particulièrement Sophie Élizéon avec qui nous étions convenus, dès sa prise de fonction et son audition par notre délégation fin 2012, de rencontres régulières et de projets communs.

Le présent colloque, qui prend comme bannière l'« audace ultramarine » pour partir à la conquête de l'égalité réelle constitue en outre, à mon sens, un bel hommage à Aimé Césaire dont nous célébrons cette année le centenaire de la naissance ! Rappelons-nous son propos dans la tragédie du roi Christophe : « Un pas, un autre pas et tenir gagné chaque pas » !

Chers amis, je me félicite, et surtout je vous félicite, de la densité et de la richesse des échanges d'aujourd'hui. Je vous rappelle que des actes seront publiés : ils contiendront un enregistrement audiovisuel retraçant l'intégralité des interventions et des débats, et nous les feront parvenir à toutes celles et tous ceux d'entre vous qui avez laissé vos coordonnées postales.

Je tiens enfin, au terme de cette matinée, à rendre hommage une nouvelle fois à l'engagement indéfectible en faveur de nos outre-mer du président du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui a honoré de sa présence notre colloque et accorde toujours la plus grande attention aux initiatives prises par la délégation.

Je veux aussi bien sûr chaleureusement remercier l'ensemble des intervenants pour leur fidélité, malgré quelques tribulations initiales de calendrier, et pour la diversité et la qualité des éclairages qu'ils nous ont apportés tout au long des trois tables rondes. Et je n'oublie pas notre jeune animateur, Valentin Narbonnais, qui, du haut de ses vingt ans, a guidé avec maestria nos débats et a précisément incarné aujourd'hui le talent et l'audace des ultramarins de l'hexagone !

Je vous souhaite une excellente journée.