C’est avec une immense tristesse que j’ai appris aujourd’hui la disparition du Docteur Pierre Aliker. Mes pensées vont d’abord à sa famille et à ses proches que j’assure de toute ma sympathie en cette douloureuse circonstance.

Plus de cinq ans après la disparition de celui qui fut son compagnon de route, Aimé Césaire, la Martinique perd l’autre symbole de l’Histoire politique de son territoire. Amis et compagnons de toujours, ces deux hommes au destin exceptionnel ont écrit ensemble l’histoire de la Martinique et bien au-delà, en menant les grands combats pour la défense des valeurs universelles de dignité humaine, d’identité culturelle, de tolérance et d’autodétermination.

En œuvrant ensemble, ils ont réussi à éveiller les consciences et à diffuser cette parole essentielle, à portée universelle et qui est toujours d’une actualité criante.

Comme toute personne qui a eu la chance de le côtoyer, je suis profondément marqué par la personnalité et le parcours de Pierre Aliker, qui force l’admiration.

Il voulait que les Martiniquais visent l'excellence. C’était dans la nature de cet homme d’envergure qui prônait le travail, la fidélité et le courage de ses engagements.

Fortement attaché à son île, il a consacré sa vie à transformer le visage de la Martinique, en commençant par sa ville de Fort-de-France, où il sera adjoint puis premier adjoint d’Aimé Césaire pendant 56 ans.

L’intelligence et la complicité politique de Césaire et Aliker permettra également l’émergence d’un nouveau parti politique, le PPM (Parti progressiste martiniquais) en 1958. Dès les premières heures de la Cinquième République, son mot d'ordre était de faire émerger une région Martinique autonome dans un ensemble français décentralisé. Il restera fidèle à cette conception toute sa vie, lui pour qui « les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises, sont les Martiniquais », comme il l’avait rappelé au Président de la République de l’époque lors des Obsèques nationales d’Aimé Césaire.

Ce précurseur, laisse derrière lui un message de modestie, d’humanisme et d’espoir. L’homme au costume blanc, en hommage à son frère André Aliker, s’en est allé aujourd’hui à 106 ans. A lui qui disait « Quand la mort viendra, je l’embrasserai sur les deux joues et je lui dirai pourquoi viens-tu si tard ? » j’ai envie de répondre aujourd’hui  « c’est toujours trop tôt, vous aviez encore tant à nous apprendre».